Aires Marines Protégées n°52 le marin du 20 mai 2021 - 4

« Il faut réapprendre à regarder »
Repères

Depuis 17 ans, Isabelle
Landriau est l'âme de l'Ecole
de la mer. L'association
basée à La Rochelle fait
plus que de l'éducation
à l'environnement : elle
accompagne le changement
de regard sur l'importance
de la biodiversité.

** 1999 : année de création de
l'Ecole de la mer.

** 150 000 : enfants ont été
reçus en activité.

** 50 000 : personnes ont

participé aux sorties et conférences
organisées par l'association.

** 40 : outils pédagogiques ont

I

été conçus pour accompagner les
activités.

** 100 : jeunes ont été formés au
sein de l'association.

Sebastien Salom-Gomis/Bellavista

sabelle Landriau est responsable
déléguée de l'association Ecole
de la mer. « Je dis souvent que
je travaille dans une association
d'éducation à l'environnement.
Je réalise autant de tâches administratives pour faire vivre l'association
que d'actions sur le terrain en bottes
de caoutchouc », sourit-elle. Elle est
arrivée dans l'association il y a 17 ans
après un doctorat de biologie marine
en Normandie, et un peu de recul.
« Je suis normande. J'ai l'impression
que quand on vit dans ces espaces littoraux, on est très lié au milieu marin.
Après avoir fait ces études, je me suis
rendu compte que plutôt que de mesurer les effets de l'action de l'homme sur
l'environnement - c'était l'objet de ma
thèse de doctorat, qui s'intéressait à
l'impact des polluants sur les poissons
plats en baie de Seine -, il fallait agir
en amont. Pour moi, cela devait passer
par l'éducation et la connaissance. »
Ces valeurs, elle les retrouve à l'Ecole
de la mer, un acronyme qui signifie
Espace de culture océane du littoral
et de l'environnement. L'association,
créée en 1999 et basée à La Rochelle,
est activement présidée par la navigatrice Isabelle Autissier. Elle a pour
objet l'information, la pédagogie et la
diffusion de la culture scientifique et
technique sur les thèmes de la biodiversité marine et des espaces littoraux
envers tous les publics.
« Pendant près de 20 ans, j'ai pu voir
évoluer le rôle et le message de l'association. Si je caricature, nous étions les
gentils animateurs nature pour les enfants. Aujourd'hui, nous sommes des
acteurs qui aidons à la mise en œuvre
des politiques publiques. Il y a un nouveau regard de certains partenaires
et une demande sociale d'éducation
à l'environnement, qui s'est confortée
d'année en année. Le choc du confinement a permis de remettre en évi-

Le choc du confinement a
permis de remettre en évidence
notre lien à l'environnement
dence notre lien à l'environnement :
on vit dans un écosystème et on en est
dépendant. »
En plus de 20 ans, 154 000 enfants
ont été sensibilisés. Aujourd'hui, l'association s'adresse pour moitié à un
public adulte et pour l'autre aux enfants, notamment par l'intermédiaire
des aires marines éducatives (AME),
un dispositif national piloté par l'OFB.
Ce sont des espaces littoraux gérés
par des primaires et collégiens dans le
cadre scolaire. « Cela nous permet de
travailler avec eux sur le temps long,
d'évaluer leurs savoirs et de mesurer s'ils ont bien compris les enjeux.
Plus largement, ces AME touchent
directement à leur milieu de vie. Ils le
connaissent, se l'approprient. Ce n'est
plus un voisin lointain. »

Aider les enfants à oser
Ces projets se mènent sur le long
terme : le flambeau est passé d'une
année à l'autre entre les classes, le
suivi se poursuit, d'autres solutions
de gestion sont imaginées. « J'ai
souvent été surprise de voir ce qu'ils
osaient proposer aux adultes, sourit
Isabelle Landriau. Je me souviens
d'une classe partie à la rencontre de
tous les commerçants du bord de mer
pour les interroger sur l'impact de
leur activité sur leur aire marine éducative. Les retours ont été très positifs.
Les enfants osent aussi interroger
des élus sur des sujets assez pointus.
Je ne pense pas qu'autant de liberté
de parole était donnée à ma génération. » Ces AME permettent aussi aux

www.ofb.gouv.fr

l'aire marine / numéro 52 / mai 2021

enfants d'aller plus loin que le simple
constat. « On leur demande d'établir
un projet de gestion, d'imaginer ce
que l'on peut mettre en place pour
que les comportements changent.
Ils jouent un rôle. Et ils s'impliquent
incroyablement ».
L'action de l'Ecole de la mer a pu être
renforcée grâce au partenariat établi
avec le parc naturel marin de l'estuaire
de la Gironde et de la mer des Pertuis.
«  Nous avons créé un collectif d'associations qui agit au sein du parc. Cela
nous permet d'échanger, de construire,
de mutualiser des moyens. De façon
collective, cela nous permet d'être
plus efficients, de monter en compétences.  » Isabelle Landriau va continuer à creuser son sillon sur l'estran.
Quand on lui demande où elle sera
dans dix ans, elle répond : « Toujours
en bord de mer », avant de regarder
vers le large. « On ne voit jamais deux
fois la même chose pendant une sortie.
On découvre une espèce bien cachée,
pas vue depuis longtemps, une ponte,
de toutes petites choses qui sont l'objet
d'émerveillement. La biodiversité juste
à côté de nos lieux de vie est riche et
importante et parfois, on ne la voit plus.
Il faut réapprendre à regarder. »
Directeur de la publication : Pierre Dubreuil
Rédactrice en chef : Agnès Poiret
Rédacteur : Pierre-Baptiste Vanzini
Ont participé à ce numéro : Cecile Barreaud,
Delphine Meyssard, Anne Nicolas,
Michel Peltier.
Office français de la biodiversité :
16, quai de la Douane
CS 42932 / 29 229 Brest cedex 2


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