Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 19)

salon Euronaval 2006 : les marines en réseaux Opérations en réseau : le grand enjeu Les systèmes devant permettre à une flotte d’opérer en réseau ont été l’un des axes forts d’Euronaval 2006. Cette capacité, qui fait l’objet de plusieurs appels d’offres de la part de la Direction générale pour l’Armement, est un enjeu majeur, tant pour la Marine nationale que pour la plupart des grands industriels du secteur. Ce n’est ni un amiral, ni un premier maître, ni un sonar, ni un radar, ni un navire, ni un avion, ni un missile, ni un drone et pourtant c’était très présent à Euronaval 2006. Alors qu’estce c’est ? L’information qui circule entre tout cela. Tous les grands systémiers investissent désormais dans ce qui devrait être une des priorités de la future prochaine loi de programmation militaire : les opérations en réseaux. Ce concept faisait l’objet de nombreuses présentations chez DCN, Thales, EADS, Safran, Alcatel, etc. Il est venu des États-Unis au travers de ce qui a d’abord été appelé la « Revolution in military affairs », devenue, depuis la « Transformation ». L’idée générale est que, face à des armes telles que les missiles, devant être neutralisées en quelques secondes, la meilleure efficacité n’est plus obtenue par une organisation pyramidale de transmission des informations, des analyses et des ordres, mais par une boucle fonctionnant en réseau. Dans celle-ci sont réunis, en temps réel, les moyens de détection, les structures de commandement (militaire et politique) et les armes. Le principe n’est pas nouveau en soi : on compte 450 types de réseaux dans les armées américaines et 45 en Europe. Ce qui l’est, c’est la volonté de les unifier à la fois sur le plan des techniques, des normes et des procédures afin de raccourcir encore le temps de réaction, à l’échelle d’une force complète, comprenant des moyens terrestres, navals, aériens, de plusieurs nations alliées. Un spécialiste de la question à DCN résume : « Il s’agit de ramener à moins de dix minutes un temps de réaction qui peut atteindre trois à quatre jours aujourd’hui ». maine, par l’Otan (lors du récent exercice Trident d’Or). La Délégation générale pour l’Armement lance actuellement plusieurs programmes d’études « amont » et démonstrateurs qui ont mis les industriels en appétit. A.T. « GUERRE INFO-CENTRÉE » Les grands industriels mondiaux concernés ont créé autour de ce sujet, un consortium destiné à établir un minimum de compatibilité entre les solutions élaborées, le Network Centric Opérations Industry Consortium. Le Pentagone investit massivement dans les technologies de « guerre info-centrée » ce qui constitue une raison supplémentaire pour les États d’Europe d’y consacrer également d’importants efforts. En l’attente d’une réponse européenne, la France s’est saisie de cette problématique. L’offre qu’elle a formulée, au titre de la politique européenne commune de sécurité et de défense, de fournir des structures de commandement dans une force navale, l’illustre. Tout comme son succès pour être validé, dans le même do- DCN Le BPC « Mistral », comme le « Tonnerre », ont vocation à se trouver au centre des futurs réseaux de la Marine nationale. TRENTE NAVIRES DE LA MARINE À ÉQUIPER D’ICI 2020 ans le domaine naval, le projet fédérateur est intitulé « Combat et engagement multiplatesformes » (CEMP). Il a pour objet de « doter le groupe aéronaval d’une liberté d’action supplémentaire et d’une capacité de commandement au sein d’une force coalisée ». Il doit permettre aux navires français, à terme, de mettre en commun leurs données de détection afin d’autoriser, par exemple, le tir de missiles par une unité elle-même rendue indétectable parce que placée en « silence radar ». Des démonstrateurs seront expérimentés de 2007 à 2012 sur des bâtiments français, l’objectif étant de doter les trente navires fortement armés de la Marine, de la capacité CEMP, entre 2015 et 2020. Le programme CEMP est luimême composé de plusieurs « briques ». Le premier d’entre eux est la « Tenue de situation multiplates-forme » (TSMP), dont le programme d’études « amont » a été remporté par DCN en 2004. L’objectif est d’obtenir une mise en commun des informations, notamment des détections radar, en temps réel. Cette mise en commun des « plots » radar, recueillis par plusieurs navires et/ou aéronefs, est susceptible de permettre à une structure de commandement d’analyser plus rapidement la na- Un outil de suprématie pour les États-Unis Le concept américain d’opération en réseaux a été baptisé Network Centric Warfare. S’y est ajouté le Network Centric Operations, qui en est le pendant civil (dont bénéficie notamment le programme Deepwater de la garde-côte américaine). Le Pentagone y a déjà dépensé des sommes colossales. On parle de 13 milliards de dollars. Les États-Unis sont réputés peu partageurs au sein de l’Otan ou des coalitions où ils interviennent. On peut redouter que le NCW soit un outil de vassalisation - technologique, industrielle, militaire, donc politique - de leurs alliés. Une étude du centre des hautes études de l’armement indique notamment : « Le NCW est parfois perçu comme une entreprise américaine de guerre économique, qui viserait à conforter la domination technologique dont bénéficient les ÉtatsUnis. Dans cette analyse, les dépense américaines sont perçues comme une incitation à la dépense pour les autres pays, qui vont s’épuiser (comme l’URSS au temps de la guerre des étoiles) en cherchant à se maintenir à niveau (…). » Les auteurs apportent une nuance : « L’action délibérée des États-Unis n’est pas évidente. Ce qui l’est en revanche, ce sont les conséquences stratégiques qu’aurait un non-investissement de la défense européenne pour s’approprier les nouvelles technologies de l’information et de la communication (…). Le NCW est une capacité structurante, au cœur des enjeux d’autonomie stratégique, car touchant au commandement, à la maîtrise de l’information et à l’autonomie de la décision. L’absence de vision européenne constitue une vulnérabilité qui dépasse les enjeux militaires pour menacer les sphères économiques et politiques ». ture de la menace que ne peut le faire chacune des plates-formes de détection. La technologie de « fusion » de ces données est d’une grande complexité, le système devant être capable de prendre en compte le temps de transmission des informations recueillies et donc les rétablir, pour la structure de commandement, dans leur ordre chronologique de détection. La deuxième « brique » du CEMP est appelée « mise en œuvre coordonnée des armes » et fait actuellement l’objet de consultations. La troisième « brique », baptisée « Destin », porte sur la réalisation d’un démonstrateur naval. DES INDUSTRIELS SUR LES RANGS Un premier pas a été accompli dans ce domaine en septembre 2006 lors d’une expérience baptisée XP Rience 06. Celle-ci a été menée au sein d’une nouvelle structure étatique, le Laboratoire technico-opérationnel, commun à la DGA et l’état-major des armées, qui servira précisément à aider les militaires et l’État à définir leurs besoins et leur procédure d’acquisition dans le domaine des opérations en réseaux. Dans le cadre de cette première expérience, c’est le système « Battle Lab Solaris » de DCN qui a été testé. D’autres industriels sont sur les rangs. Thales présentait également à Euronaval son propre « Battlespace transformation center ». En plus du programme CEMP, la DGA a lancé deux programmes d’études : l’intégration navale des drones et l’architecture générale du Network centric warfare. DCN en alliance avec Safran, a décroché un premier contrat d’études de définition. Deux autres équipées sont impliquées : Thales/EADS et Alcatel/IBM. À noter que Thales, naturellement impliqué à maints ég ards dans ces différents programmes (il l’est également pour la Bulle des opérations aéroterrestres de l’armée de Terre) sera le fournisseur de deux éléments importants des futurs réseaux : le Sic 21, futur réseau d’information de la Marine, et le Rifan, réseau sécurisé permettant la transmission de fichiers lourds, de données vocales et de vidéoconférence selon un protocole internet, entre navires. Thales fournira également le système Sea 1442 pour la marine australienne. A. T. Vendredi 3 novembre 2006

Table des matières de la publication Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006

Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006

Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 1)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 2)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 3)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 4)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 5)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 6)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 7)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 8)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 9)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 10)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 11)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 12)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 13)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 14)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 15)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 16)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 17)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 18)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 19)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 20)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 21)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 22)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 23)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 24)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 25)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 26)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 27)
Journal Le marin N°3095 - 3 novembre 2006 - (Page 28)
https://www.nxtbookmedia.com